L’histoire de l’alcool est ancienne et sociale.
L’inconscient collectif (à part islamique) a reconnu
(et reconnaît encore) à l’alcool différentes vertus :
pouvoir de désaltération, habitude sociale (« trinquer
»), pouvoir médicamenteux (prendre un « remontant »),
analgésique, communion spirituelle (ne dit-on pas
d’ailleurs « spiritueux » ?), fortifiant («eau de vie
»), signe de maturité (« prendre de la bouteille ») et
calmant… L’alcool fait donc partie de notre culture,
spiritualité et donnée non-négligeable, … de notre
économie.
De
nombreuses drogues sont issues des plantes et
constituent des molécules complexes.
Paradoxalement, l’alcool n’est pas un alcaloïde
mais une molécule simple, produite par la
décomposition et la fermentation de sucres
contenus dans les fruits. Ce qui explique
d’ailleurs que l’alcool existe depuis qu’il y a
des peuples sédentarisés. C’est donc un produit
psychoactif naturel, basique et abordable.
Tout
au long de l’histoire, tout ou partie de notre
société a donc considéré que l’alcool était un
produit qui redonnait des forces et favorisait
les contacts. En cela, il est l’ancêtre officiel
et légal des amphétamines et de l’ecstasy, d’où
peut-être son succès.
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de
page
Consommation
et
alcoolisme – Quelques chiffres et constats
-
En France, la consommation moyenne pour
les plus de 15 ans est de 19 litres par an
et par personne.
-
L’alcool est le produit le moins typé
socialement, touchant femme et homme,
riches et pauvres.
-
Le vin est en tête des produits consommés
(61%), devant les spiritueux (19%) et la
bière (17%).
-
On estime que 5 millions de français
ont des soucis d’alcool : 2 millions sont
dépendants, 3 millions consomment de
manière abusive.
-
1 homme hospitalisé sur 3 a des
problèmes d’alcool.
-
On dénombre 23000 décès parents liés
directement à l’alcool, c’est-à-dire 7%
des décès masculins et 2 % des décès
féminins.
-
L’alcool est le toxique qui tue le plus
après le tabac.
-
La France est en tête pour la consommation
et la mortalité du à l’abus (nul besoin
d’être un stratège éminent pour établir un
rapport).
-
L’alcool est à l’origine de 19% des délits
(dont 60% sont des violences à enfant)
-
En cas d’alcoolisation, le risque
d’accident de la route est multiplié par 2
(à 0,5g/l – environ 2 verres), par 5 (à
0,7g/l), par 10 (à 0,8g/l), par 35 (à
1,20g/l).
Substances
psychoactives
Psychotrope
:
un psychotrope est un produit qui modifie
le fonctionnement psychique en agissant sur les
cellules du système nerveux central en
produisant différents effets : sont modifiés ou
altérés, le fonctionnement mental,
entraînant des changements dans les perceptions,
l’humeur, la conscience, le comportement et
diverses fonctions psychologiques et organiques.
Drogue
:
il s’agit de toute substance, autre que
les aliments, qui est absorbée pour modifier la
façon dont le corps ou l'esprit fonctionne.
(Santé Canada) .
Selon
leur
effet
sur le système central, les psychotropes sont
classés dans trois catégories :
PERTURBATEURS
|
STIMULANTS
|
DÉPRESSEURS
|
Cannabis
Solvants
&
Produits
volatiles
Hallucinogènes |
Cocaïne
Amphétamines
Caféine
Nicotine |
Alcool
Barbituriques
Benzodiazépines
Opiacés |
Les
substances
psychoactives :
- entraînent donc des effets
au niveau du cerveau et ainsi des modifications de
l’activité mentale et des comportements.
- sont nombreuses
et variées
- sont légales,
illégales ou prescrites
- ont un retentissement sur la
vie sociale et personnelle du sujet.
- entraînent une dépendance
Effets
psychoactifs
: Les effets
recherchés et obtenus par la consommation d’alcool
sont différents selon les quantités et l’individu
qui les absorbe. L’action psychoactive va agir sur
le psychisme et par voie de conséquence sur les
comportements :
-
Lève les inhibitions (sociales, personnelles…)
-
Pouvoir calmant (anxiété,dépression…)
-
Fuite de la réalité (modification de l’état de
conscience, des facultés mnésiques).
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de page
Rapports
à l’alcool
On
peut
définir 4 catégories de rapport établis avec
l’alcool :
1)
L’appétence
: il s’agit du goût de l’homme pour
l’alcool, attirance culturelle pour ses
‘pseudo-vertus’ (effets psychoactif : tonifiante,
euphorisante, desinhibantes…). L’appétence
concerne donc les avantages supposés plutôt que
les plaisirs sensoriels (goût, odorat, …).
2)
Tolérance
: la tolérance est le rapport entre
quantités absorbées et effets produits.
Naturellement, à force d’une utilisation
régulière, le corps s’habitue aux effets du
produit. Cela a pour conséquences fréquentes
l’augmentation des quantités et l’émergence du
phénomène de dépendance.
3)
L’accoutumance
: il s’agit d’un phénomène qui se met en
place dans un deuxième temps, d’où sa perversité :
l’alcool devient nécessaire à l’équilibre, la
tolérance augmente ce qui provoque une
augmentation des doses. Il y a peu de signes
d’ivresses : le consommateur se pose donc peu de
questions.
4)
La dépendance : largement définie dans
ces pages, elle est constituée par un perte de
liberté, impossibilité de s’abstenir (manque,
syndrôme de sevrage), dépendance globale
(physique et psychique). Cette addiction
entraîne le craving (impulsions, impossibilité
de se soustraire au manque et à l’habitude,
sensibilisation psycho-physiologique réflexe)
ainsi qu’une déterioration psycho-sociale,
centration sur le problème, envahissement et
changement identitaire…
Comportements
et
alcool
De
nombreuses personnes consomment régulièrement de
l’alcool sans que cela ne remette en cause leur
équilibre. Pour 5 à 10% de la population, c’est
plus difficile.
Voici
un panel des comportements relatifs à l’alcool,
du non-consommateur à la pathologie addictive
:
w
Les non-consommateurs :
ne pas consommer d’alcool peut indiquer que la
personne n’y voit pas de goût ou d’intérêt ou
qu’elle établit un auto-contrôle, plus
problématique, car dans ce domaine, plus il y
aura contrôle, plus il y aura… perte de
contrôle.
w Les
consommateurs
sociaux :
ils répondent à une norme sociale. Cette partie
des consommateurs diminue, car consommer de
l’alcool est de moins en moins une obligation
relationnelle ou sociale.
w Les
consommateurs
à risques :
ils consomment de manière chronique ou de
manière festive (week-end systématiques…). Les
risques sont divers, pour la santé de manière
globale, à long terme ou dans certaines
situations (conduite, travail, …) qui
nécessitent une vigilance adaptée.
w Les
consommateurs
« usage nocif ou abus » :
L’abus (DSM-IV) ou l’usage nocif (CIM 10), est
caractérisé par une consommation répétée
susceptible d’induire des dommages au niveau
somatique, psychoaffectif et social. Les
personnes appartenant à ce groupe sont
susceptible d’évoluer vers la dépendance.
CRITERES
DE L’ABUS SELON DSM-IV (1991)
A.
L’abus est un mode d’utilisation inadéquat
d’une substance, conduisant à une
altération du fonctionnement ou à une
souffrance cliniquement significative, et
caractérisé par la présence d’au moins une
des manifestations suivantes au cours
d’une période de douze mois :
1.
Utilisation répétée d’une substance
conduisant à l’incapacité de remplir des
obligations majeures au travail, à l’école
ou à la maison (absences répétées ou
mauvaises performances au travail du fait
de l’utilisation de la substance,
exclusion temporaires ou définitives de
l’école, négligence des tâches ménagères
courantes).
2.
Utilisation répétée d’une substance dans
des situations où cela peut être
physiquement dangereux (par exemple, lors
de la conduite d’un véhicule) ;
3.
Problèmes judiciaires répétés liés à
l’utilisation de la substance
(arrestations pour comportement anormal en
rapport avec l’utilisation de la
substance) ;
4.
Utilisation de la substance malgré des
problèmes interpersonnels ou sociaux,
persistants ou récurrents, causés ou
exacerbés par les effets de la substance
(disputes avec le conjoint à propos des
conséquences de l’intoxication
chronique).
B.
Les symptômes n’ont jamais atteint, pour
cette classe de substance, les critères de
la dépendance à une substance.
|
Le
questionnaire
DETA permet d’évaluer les
consommateurs « usage nocif ou abus » :
1)
Avez-vous déjà ressenti le besoin de diminuer
votre consommation de boissons alcoolisées ?
2)
Votre entourage vous a-t-il déjà fait des
remarques au sujet de votre consommation de
boissons alcoolisées.
3)
Avez-vous déjà eu l’impression que vous buviez
trop ?
4)
Avez-vous déjà eu besoin d’alcool dès le matin
pour vous sentir en forme ?
w Les
dépendants (ou addicts) : La
personne
dépendante est dans l'impossibilité de résister
aux impulsions vers l’alcool. Elle a perdu la
liberté de s’abstenir de consommer de l’alcool
(Fouquet, 1951)
CRITERES
DE
LA DEPENDANCE SELON DSM-IV
La
dépendance
est
un mode d’utilisation inapproprié
d’une substance, entraînant une
détresse ou un dysfonctionnement
cliniquement significatif, comme en
témoignent trois (ou plus) des
manifestations suivantes, survenant à
n’importe quel moment sur la même
période de douze mois :
1.
Tolérance, définie par l’une ou
l’autre des manifestations suivantes :
a.
Besoin
de quantités nettement majorées des la
substance pour obtenir une
intoxication ou l’effet désiré ;
b.
Effet
nettement diminué en cas d’usage
continu de la même quantité de
substance.
2.
Comme en témoigne l’une ou l’autre des
manifestations suivantes :
a.
Syndrome
de sevrage caractéristique de la
substance ;
b.
La
même substance (ou une substance
apparentée) est prise dans le but de
soulager ou d’éviter les symptômes de
sevrage.
3.
Substance souvent prise en quantité
supérieure ou sur un laps de temps
plus long que ce que la personne avait
envisagé
4.
Désir persistant ou efforts
infructueux pour réduire ou contrôler
l’utilisation de la substance ;
5.
Temps
considérable passé à faire le
nécessaire pour se procurer la
substance, la consommer ou récupérer
de ses effets ;
6.
D’importantes activités sociales,
occupationnelles ou de loisirs sont
abandonnées ou réduites en raison de
l’utilisation de la substance ;
7.
Poursuite de l’utilisation de la
substance malgré la connaissance de
l’existence d’un problème physique ou
psychologique persistant ou récurrent
déterminé ou exacerbé par la
substance.
Préciser
:
Avec
dépendance physique : signes de
tolérance ou de sevrage (item 1 ou 2
présents) ;
Sans
dépendance physique : pas de signes de
tolérance ou de sevrage (item 1 ou 2
absents).
|
CRITERES
DE
LA DEPENDANCE DE L’ORGANISATION
MONDIALE DE LA SANTE CIM-10 (1992)
Certains
symptômes
du
trouble ont persisté au moins un mois
ou sont survenus de façon répétée sur
une période prolongée.
Au
moins
trois des manifestations suivantes
sont présentes en même temps au cours
de la dernière année :
1.
Désir
puissant
ou compulsif d’utiliser une substance
psychoactive ;
2.
Difficultés
à
contrôler l’utilisation de la
substance (début ou interruption de la
consommation au niveau de
l’utilisation) ;
3.
Syndrome
de
sevrage physiologique quand le sujet
diminue ou arrête la consommation
d’une substance psychoactive, comme en
témoignent la survenue d’un syndrome
de sevrage caractéristique de la
substance, ou l’utilisation de la même
substance (ou d’une substance
apparentée) pour soulager ou éviter
les symptômes de sevrage ;
4.
Mise
en évidence d’une tolérance aux effets
de la substance psychoactive : le
sujet a besoin d’une quantité plus
importante de la substance pour
obtenir l’effet désiré ;
5.
Abandon
progressif
d’autres sources de plaisir et
d’intérêt au profit de l’utilisation
de la substance psychoactive, et
augmentation du temps passé à se
procurer la substance, la consommer ou
récupérer ses effets ;
6.
Poursuite
de
la consommation de la substance malgré
la survenue de conséquences
manifestement nocives.
|
CRITERES
DE
L'ADDICTION SELON GOODMAN (1990)
A.
Impossibilité
de
résister aux impulsions à réaliser ce
type de comportement.
B.
Sensation
croissante
de tension précédant immédiatement le
début du comportement.
C.
Plaisir ou soulagement pendant sa
durée.
D.
Sensation de perte de contrôle pendant
le comportement.
E.
Présence d’au moins cinq des neuf
critères suivants :
1.
Préoccupation fréquente au sujet du
comportement ou de sa
préparation.
2.
Intensité et durée des épisodes plus
importantes que souhaitées à
l’origine.
3.
Tentatives répétées pour réduire,
contrôler ou abandonner le
comportement.
4.
Temps
important consacré à préparer les
épisodes, à les entreprendre ou à s’en
remettre.
5.
Survenue fréquente des épisodes
lorsque le sujet doit accomplir des
obligations professionnelles,
scolaires ou universitaires, familiale
ou sociales.
6.
Activités sociales, professionnelles
ou récréatives majeures sacrifiées du
fait du comportement.
7.
Perpétuation
du
comportement, bien que le sujet sache
qu’il cause ou aggrave un problème
persistant ou récurrent d’ordre
social, financier, psychologique ou
psychique.
8.
Tolérance marquée: besoin d’augmenter
l’intensité ou la fréquence pour
obtenir l’effet désiré, ou diminution
de l’effet procuré par un comportement
de même intensité.
F.
Agitation ou irritabilité en cas
d’impossibilité de s’adonner au
comportement.
|
La
dépendance
peut
être définie par deux dimensions présentes à des
degrés divers selon l’individu, degrés qu’il
faudra évaluer :
1)
La
dépendance proprement dite : il s’agit
du fait de ne pas pouvoir se passer de consommer
une drogue ou d’accomplir une séquence de
comportements.
2)
Envahissement
et
changement identitaire : part
importante de la dépendance dans
l'existence, entraînant souffrance du sujet
et problèmes pour le groupe social.
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de page
Elargissement
du
champ des addictions
En
observant les dépendances, à la lumière entre
autres du jeu pathologique, et de la
prépondérance de la dépendance psychologique sur
la dépendance physique dans la résolution d'un
trouble, on a pu remarquer que l'addiction ne
concernait pas nécessairement un produit, mais
plutôt une conduite, un comportement (Otto
Fenichel, 1945). Le sujet devient dépendant
d’une expérience, plus que du vecteur utilisé
(jeu, alcool…). La première expérience est
agréable, mais c’est la répétition d’une routine
comportementale qui apporte la réassurance,
calme les angoisses… Le terme d’ "addiction"
s’entend donc au sens large, englobant les
toxicomanies mais aussi d’autres dépendances
(jeu, vol, achat, travail, sexe, …) que l'on a
parfois nommées "toxicomanies sans
drogues".
Cet
élargissement
est
d’ailleurs révélé et justifié par le pourcentage
important de personnes qui passent de l'un à
l'autre (ou bien qui présentent plusieurs
dépendances, à un psychotrope et à un
comportement en même temps). Cela n’enlève bien
entendu rien à l’importance des toxicomanies aux
drogues, à l’alcool et à leurs conséquences
désastreuses. Il s’agit de préciser le processus
de dépendance, en le déplaçant du produit vers
le sujet et ses conduites pour mieux pouvoir
l’appréhender et le remettre en cause.
La
définition
par
Goodman du sujet addict semble alors la
plus proche de la réalité des troubles : "toute
personne dont l'existence entière et tournée
vers la recherche des effets produits sur son
corps et son esprit par une substance plus ou
moins toxique (drogue tolérée, interdite ou
prescrite) ou une conduite (jeu, conduite
alimentaire, achat...), sous peine d'éprouver
un intense malaise physique et/oupsychologique."
Cette
citation
est également pertinente :
"La
dépendance peut être vue comme un processus
dans lequel est réalisé un comportement qui a
comme fonction de procurer du plaisir ou
encore de soulager un malaise intérieur. Ce
comportement est réalisé sans réel contrôle de
la personne et qui a tendance à être répété
malgré des conséquences négatives." (M.
Goodman)
Plus
que le produit "alcool", la personne
dépendante est plutôt définie par
l'impossibilité de résister aux impulsions vers
le comportement qui est ici de consommer une
substance.
"ce
ne sont pas les substances mais bien nos
comportements face à ces substances qui font
que leur consommation nous fasse ou non du
bien, nous rende malade ou non." I.
Pelc
On
peut voir trois phases dans le phénomène de
l'addiction :
1)
Sensation croissante de tension, de mal être,
avant l'apparition du comportement.
2)
Soulagement, voir plaisir pendant
l'accomplissement du comportement.
3)
Sensation de perte de contrôle pendant le
comportement.
Haut
de page
Echelle
générale
de dépendance
On
peut
déduire des éléments ci-dessous un test
général de dépendance, adapté également à
l'alcool.
Test
(Cungi/Retz)
Haut
de page
Test
d'addiction à l'alcool
Aucun test n'a
valeur de diagnostic
Faites
le total de vos points. Si vous avez un total de
4 ou plus, la probabilité d'une dépendance à
l'alcool est de 80%.
Alcool
et personne
Il
n’y
a pas de personnalité alcoolo-dépendante,
mais des facteurs rencontrés assez
fréquemment.
èRecherche
de
sensation
Zuckerman
a
développé cette notion, rencontrée dans nombre
de dépendances et qui nécessairement participe à
la consommation d'alcool. Des études ont
démontré un rapport entre recherche impulsive de
sensation et dépendance. La recherche de
sensation peut se manifester à travers
différents traits :
wLa
recherche
de danger et d’aventure
: attrait pour des activités dangereuses,
productrices d’adrénaline.
wLa
recherche
d’expériences
: attrait pour des expériences nouvelles,
peu traditionnelles, voire transgressives ou
illégales.
wLa
désinhibition
: desinhibition, festive, sociale, sexuelle…
wLa
susceptibilité
à l’ennui :
intolérance à ce qui est routinier, monotone,
intolérance à l’ennui, au vide.
Il
est
à noter que les hommes dépendants à l'alcool
sont plutôt en recherche de danger et d'expériences
nouvelles, les femmes de désinhibition.
Cette recherche de sensation est entre autres à
mettre en rapport avec une alcoolisation
précoce. Ces aspects mettent en relation
dépendance et trouble du contrôle des
impulsions.
Haut
de page
è
Personnalité
dépendante
La
personnalité dépendante se manifestera par :
w
Une
dépendance vis-à-vis d'autrui (la
co-dépendance sera d'ailleurs abordée)
w
Un
manque d'autonomie
w
Un défaut
d'estime et conséquement de confaince en
soi.
Le
DSMIV a définit la personnalité dépendante d'un
point de vue clinique (discutable mais
fournissant des éléments d'information) :
Personnalité
dépendante DSMIV
Besoin
général et excessif d'être pris en
charge qui conduit à un comportement
soumis et "collant" et à une peur de la
séparation, qui apparaît au début de
l'âge adulte et est présent dans des
contextes divers, comme en témoignent au
moins cinq des manifestations suivantes:
(1)
le sujet a du mal à prendre des
décisions dans la vie courante sans être
rassuré ou conseillé de manière
excessive par autrui
(2)
a besoin que d'autres assument les
responsabilités dans la plupart des
domaines importants de sa vie
(3)
a du mal à exprimer un désaccord avec
autrui de peur de perdre son soutien ou
son approbation. NB: ne pas tenir compte
d'une crainte réaliste de
sanctions
(4)
a du mal à initier des projets ou à
faire des choses seul (par manque de
confiance en son propre jugement ou en
ses propres capacités plutôt que par
manque de motivation ou d'énergie)
(5)
cherche à outrance à obtenir le soutien
et l'appui d'autrui, au point de faire
volontairement des choses
désagréables
(6)
se sent mal à l'aise ou impuissant quand
il est seul par crainte exagérée d'être
incapable de se débrouiller
(7)
lorsqu'une relation proche se termine,
cherche de manière urgente une autre
relation qui puisse assurer les soins et
le soutien dont il a besoin
(8)
est préoccupé de manière irréaliste par
la crainte d'être laissé à se
débrouiller seul
Mentionnons
que
la personnalité dépendante coexiste
souvent avec d'autres problèmes de
personnalité et de l'humeur difficiles à
distinguer. Le degré selon lequel des
comportements dépendants sont considérés
comme adaptés varie selon l'âge et le
groupe socioculturel.
Référence:
American
Psychiatric
association, DSM-IV, Manuel diagnostique
et statistique des troubles mentaux.
Traduction française, Paris, Masson,
1996, 1056p
|
Dans
la
thérapie de la dépendance à l'alcool, apparaissent
fréquemment forte dépendance inter-relationnelle,
faible estime de soi et donc
besoin de réassurance, peur de déplaire, de
faire des erreurs et donc de choisir, difficulté
à évoluer en dehors du système familial,… La
remise en cause de l'addiction passe entre
autres par la résolution de ces différents
points et à l'acquisition des compétences qui
correspondent : avoir la capacité de choisir,
prendre ses responsabilités, exprimer son
désaccord, s'affirmer, avoir confiance en soi,
...
Haut
de
page
è
Défaut
d’expression émotionnelle - Alexithymie
Le
terme
barbare d"alexithymie (du grec « alpha » –
privatif ; « lexis » : mot ; « thymos » : humeur)
a été créé en 1973 par Sifneos pour désigner les
difficultés dans l’expression verbales des
émotions.
Comparativement
à
la population générale, les personnes dépendantes
à l'alcool présentent une proportion plus
importante de ce phénomène :
-
Difficulté pour communiquer verbalement les
émotions
- Evitement des conflits
- Discours répétitif
- Production fantasmatique et
onirique pauvre (vie imaginative limitée),
pragmatisme (concret et littéral).
- Relations interpersonnelles
marquées par une forte dépendance, généralement
manifestée par une mise à distance.
On
voit
là l'intérêt immédiat qui peut être trouvé dans
l'alcool (développer la vie fantasmatique, se
desinhiber socialement et dans son expression
émotionnelle, ...). Les compétences émotionnelles
(identifier puis exprimer ses émotions), le
"déblocage" de la vie imaginaire sont autant
d'atouts dans la remise en cause du trouble.
Haut
de page
èDéfaut
d'adaptation
aux facteurs de stress
La
dépendance est une stratégie d'adaptation même si
elle se révèle inadaptée et dysfonctionnelle.
L'individu vit des demandes d'adaptation sous la
forme de stresseurs. Chocs, événements de vie,
stress chronique... sont autant d'élément qui
participent à la construction de la réponse
adaptative qu'est l'alcool. En cela, ils
participent au trouble addictif. On peut relever
différents facteurs de stress :
1.
Les chocs : « traumatismes créant une
perturbation dans l’organisme »
Le
choc, par excellence est émotionnel : un
événement ou une situation nouvelle surgit
dans l’existence du sujet.
Quelques
exemples :
Deuil |
Blessure |
Maladie
grave |
Séparation
brutale |
Perte
d’un emploi |
Agression |
Accident |
Disparition |
2. Les passages : changements dans la vie
de l’individu ayant un caractère social ou
psychologique. L’individu doit composer avec une
image de lui-même, un domaine
de
définition,
qui,
plus ou moins brutalement ne correspondent plus
à ceux qu’il avait peu à peu élaborés : rupture,
dysharmonie du sujet avec lui-même.
Quelques
exemples :
Passage
de
l’enfance à l’adolescence |
Eloignement
d’un
parent |
Passage
de l’adolescence à l’âge adulte |
Entrée
dans
la vie active |
Changement
d’école |
Naissance
d’un
enfant |
Déménagement |
Départ
d’un
enfant |
3.
Hyper-stimulation ou hypo-stimulation : l’individu
est sollicité à outrance dans différents
contextes, ou au contraire délaissé. Situation
du cercle vicieux : risques de chronicisation,
dysharmonie latente du sujet avec les autres
et son environnement.
Quelques
exemples :
Conflits
personnels |
Problèmes
familiaux |
Conflits
professionnels |
Solitude
affective |
Grosses
charges de travail |
Isolement |
Endettement |
Désintérêt
professionnel |
4. Facteurs
événementiels :
des événements, même s’ils sont heureux ou du
moins prévisibles sont des agents
stressants.
Quelques
exemples :
Réunions |
Entretiens
d’embauche |
Prise
de parole |
Achats
importants |
Mariage |
Fêtes |
Naissance |
Premières
rencontres |
5. Le sujet
et son environnement :
les facteurs environnementaux peuvent
également être cause de stress.
Quelques
exemples :
Bruit |
Manque
de
politesse |
Voisinage |
Pollution |
Promiscuité
professionnelle |
Suspicion |
Défauts
d’hygiène |
Manque
de pudeur |
L'examen des
facteurs de stress sont autant d'occasion de
résolution de problèmes, en mettant en place des
stratégies de gestion du stress adaptées afin
que l'"outil alcool" ne soit plus nécessaire ou
unique.
Haut
de page
Avantages
et inconvénients
Tout
phénomène
d'addiction
ou de compulsion est construit sur le principe
d'intention positive : une partie du sujet (la
plupart du temps plus ou moins inconsciente)
trouve des avantages à consommer le produit ou
réaliser le comportement. Sans ces avantages,
l'équilibre du sujet (même s'il est
dysfonctionnel et inadapté) serait remis en
cause. Voici un tableau des avantages et
inconvénients :
Avantages
|
Inconvénients
|
-
Oublier, éviter, se dissocier du négatif
- Calmer angoisse,
stress, dépression
- Etre à l'aise dans sa vie
relationelle (sociale, sexuelle, situations
de performances...)
- Calmer la douleur physique
- Retrouver un état
mental associé à l'alcool
- Ressentir du plaisir
immédiatement
- Rechercher une qualité de
vie
- Rechercher la festivité
- Calmer immédiatement
le manque
- Calmer la faim |
-
Difficultés de concentration, d'attention
- Conséquences
importantes pour la santé
- Difficultés de mémoire
- diminution des
réflexes
- Baisse des performances
- Etat de dépendance
(physique et psychologique) et ses
nécessités
- Emotions négatives
(culpabilité, honte, ...)
- Dépenses liées à la
dépendance
- Conséquences identitaires,
familiales, sociales.
- Modifications physiques
(prise de poids, ...) |
On
constate
que les avantages sont à court terme et les
inconvénients à long terme. Le rapport au
temps de la personnalité addictive dans son
immédiateté est certainement un point
important dans la remise en cause de la
dépendance.
Recadrage
des postulats sur la dépendance à l'alcool
Voici
une remise en cause du modèle d'intervention
assez fréquent de la dépendance à l'alcool,
participant, entre autres, à la non-résolution
du trouble.
Approche
du modèle prévalent
|
Approche
systémique
|
La
toxicomanie est une maladie, une allergie
physique doublée d’une obsession mentale. |
La
toxicomanie et une façon de s’organiser
avec la vie et ses avatars |
Le
toxicomane doit s’en remettre à une
puissance supérieure car il a perdu tout
pouvoir sur lui-même et su le produit. |
Le
toxicomane doit se réapproprier son
pouvoir et sa capacité à faire des
choix. |
Il
existe une personnalité toxicomane |
Il
n’y a pas de personnalité toxicomane. Il y
a des besoins insatisfaits qui font que
l’on développe des comportements
inadéquats. |
La
rechute est une information qui nous dit
que la réorganisation n’est pas terminée. |
La
rechute procède de l’illusion d’un
contrôle sur le produit ou sur sa
vie. |
Le
concept de maladie entraîne stigmatisation
et étiquetage. |
L’approche
systémique rejette l’étiquetage et ouvre
des voies aux changements. |
Comme
on connaît la cause, on peut prédire |
Ouverture
à plusieurs pistes d’autonomisation. |
L’acceptation
du statut de victime autorise la passivité |
Redéfinition
de son territoire et activation de ses
forces cachées et de ses
compétences. |
La
maladie est dans la personne |
Le
comportement alcoolique ou toxicomaniaque
a une fonction adaptative. |
Tableau
extrait
de Marie Dumas / L’approche systémique en
santé mentale / Presses universitaires de
Montreal
La
tableau ci-dessus reprend des éléments assez
généralement constatés dans l’approche de
l’alcoolisme et met en parallèle le recadrage
opéré par les thérapies d’inspiration
ericksoniennes (systémique, thérapie orientée
solutions, PNL…). Il ne s’agit pas ici de
constater une querelle d’école, mais de dégager
les postulats et processus adaptés à la guérison
de la dépendance.
De
même, il ne s’agit pas ici de remettre en cause
l’importante de la difficulté ou la souffrance
liée au trouble mais de mettre en place les
perceptions favorisant la résolution du
problème.
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de page
Quelques
pistes
suplémentaires
Auto
et Hétéro-sabotage
Quand une personne dépendante à
l’alcool fait une démarche psythothérapeutique,
elle ne vient pas « seule » : l’accompagnent une
quantité importante de postulats limitants et
aggravants. Voici un aperçu : le sujet est
terriblement malade, l’alcoolisme est présent
jusque dans ses gênes, sorte de bête immonde
contre laquelle il ne peut pas faire grand-chose.
Au mieux se prévoit-il une triste vie, alcoolique
à perpétuité, épée de Damocles au-dessus de la
tête, condamné à une vie morne et contrôlée.
Cette
programmation sociale, culturelle et médicale est
certes caricaturale, mais il paraît difficile de
guérir en présentant ce type de prédictions qui
possèdent entre autres la particularité d’être
auto-réalisantes et participent au trouble (ou
peut-être même en font partie, d’un point de vue
psycho-social). Car guérir de l’alcoolisme, c’est
assez simplement d’un point de vue théorique, ne
plus être dépendant : à peu de chose près tout
l’opposé des concepts exposés plus haut.
Il est
à noter au cas où ces diverses croyances ne
suffiraient pas, que le sujet peut être
amené à participer chaque semaine à des réunions
ou il rappelle à tout le monde (et à lui-même)
qu’il est alcoolique et l’effet de groupe aidant,
renforce le programme à volonté : « Bonjour, je
m’appelle Michel, je suis alcoolique… abstinent
depuis 15 ans ». L’alcoolisme est la dépendance ou
cette démarche d’inspiration judéo-chrétienne est
la plus présente. Certains esprits pourront
d’ailleurs envisager qu’il y ait un rapport avec
le fait que ce soit également la dépendance dont
on se sort le plus difficilement.
Recadrage
Afin de rendre le changement
possible, il est donc souvent nécessaire de
recadrer la perception par l’individu de son
problème (ainsi que celle de celles de son
entourage si nécessaire et possible).
Décoller
les étiquettes
Nous vivons tous des événements de
vie auxquels nous nous adaptons tant bien que mal
avec les moyens que ‘on possède sur le moment. La
dépendance ne doit pas être considérée comme une
maladie mais comme un moyen utilisé par le sujet
pour s’adapter à ce qu’il rencontre.
Un
trouble étant une stratégie d’adaptation,
l’alcoolisme n’a pas à être considéré comme une
maladie. De même, il n’est pas question de
génétique ou d’hérédité ou de personnalité
toxicomane.
Travailler
avec la partie qui met en place la consommation
adaptative d’alcool.
L’alcool participe ainsi d’une
stratégie d’adaptation. Il y a donc une intention
positive à l’origine (le sujet fait au mieux pour
être bien avec les ressources qu’il possède à un
moment donné). Considérer cette partie comme
fautive ou comme un démon intérieur revient à nier
cette partie, son intention positive et ainsi à
condamner la mise en place de nouvelles solutions
adaptées au bien-être et respectant l’écologie du
sujet. Si on supprime cette partie, on supprime
l’alcool effectivement mais aussi l’adaptation
qu’elle permettait (bien-être, sociabilité,
confiance, …).
Il
s’agit donc de travailler avec cette partie
mettant en place la consommation adaptative
d’alcool, en respectant ses aspirations, ses
intentions mais également en lui permettant de
mettre en place d’autres manières d’y accéder
(d’autres moyens d’être dans le bien-être,
sociable, confiant…)
Une
banane se mangeant par les deux bouts, on peut
parallèlement s’attacher à remettre en cause les
éléments du processus qui nuisent au bien-être et
rendent l’adaptation nécessaire (être bien,
sociable, confiant… sans alcool).
Pouvoir
et autonomie donnés au client
En
fonction de postulats prévalents énoncés plus
haut, la personne dépendante à l’alcool se
trouve souvent placée en situation de victime de
quelque chose qui la dépasse et donc sans
ressources ou solutions personnelles. Redonner
pouvoir et autonomie au sujet constitue donc un
élément fondateur de la résolution du
problème.
En cours de
rédaction

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