Jeu pathologique
«
Pour gagner, puis pour
étonner, enfin pour espérer. Il n'a pas
misé seulement
de l'argent mais sa vie elle-même.»
Dostoïevski
|
Par l'auteur de cet article :

La
collection
Hypno-Solutions
accueille un nouveau coffret de 6 CD consacré à
la dépendance
à l’alcool. Sont regroupéesplus de 7
heures d’exercices
d’hypnose ericksonienne, de PNL et de thérapie
cognitive et comportementale
conçus par un spécialiste.
Les différents
aspects de la problématique sont
abordés
:
- Traitement de la
dépendance à
l’alcool proprement dite
- Gestion du stress
- Gestion de
l’anxiété
- Traitement des
traumatismes
- Traitement des
états dépressifs
-
Régénération physiologique et
psychologique
- Développement
de la confiance en soi, de la vie
relationnelle.
- Remise en cause des
croyances et comportements liés
à
l’alcool
-
Désensibilisation, désactivation
- Gestion
émotionnelle
- Travail des liens
affectifs, de l’autonomie
- Traitement du deuil, de la
séparation, de la
dépendance
Un
outil puissant et complet de remise en cause de la
dépendance
à l'alcool
|
Par J. Boutillier,
thérapeute et coach, enseignant à l'INCTB
Présentation
Le jeu fait partie de l’histoire
de l’homme. 62% des français jouent au moins une
fois par an. Le
jeu d’argent est en France illégal, sauf
dérogation d’état.
Ces dérogation concernent le PMU, la Française
des jeux et
les casinos (chiffre d’affaire au total de 157 milliards de
francs en 2000).
Les personnes qui jouent ne sont donc pas des personnes à
problème,
dans une activité qui est plutôt celle de Monsieur
Tout le
monde. Certains critères font tomber l’individu
dans la dépendance.
Voici un panel
des comportements relatifs au jeu, du joueur occasionnel à
la pathologie
addictive :
w Joueur
occasionnel, social :
usage occasionnel, festif. Si la pratique est
régulière,
c'est une pratique de loisir qui n'a pas de retentissement sur la vie,
garde une place subalterne. Le "joueur social" peut être
dépendant
(cela lui manque de ne pas aller faire son tacotac), mais ça
n'est
pas pour ça qu'il en souffre, que le jeu prend une place
centrale
dans sa vie.
w Joueur
professionnel :
le jeu est à usage professionnel.
L'intérêt est lucratif
ou intellectuel. Il n'y a pas dépendance au comportement
lui-même
(jouer), même si le jeu prend de l'importance dans la vie du
sujet.
w Les
dépendants (ou addicts) : La
personne dépendante est dans l'impossibilité de
résister
aux impulsions vers le jeu. Elle a perdu la liberté de
s’abstenir
de jouer. En plus de cette dépendance, le jeu devient le
centre
de la vie, au détriment d'autres aspirations (famililales,
sociales...).
Le
psychanalyste Edmund
Bergler propose, en 1957, dans son ouvrage “the
Psychology of Gambling”
une description systématique du
“gambler”, du joueur pathologique
:
-
Il doit jouer
régulièrement : il s’agit là
d’un facteur quantitatif,
mais dont l’importance ne peut être
négligée : comme
pour l’alcoolisme, la question est ici de savoir à
partir de quand
le sujet joue “trop”.
-
Le jeu
prévaut
sur tous les autres intérêts
-
Il existe
chez le joueur un optimisme qui n’est pas entamé
par les expériences
répétées
d’échec.
-
Le joueur
ne s’arrête jamais tant qu’il
gagne.
-
Malgré
les précautions qu’il s’est initialement
promis de prendre, il finit
par prendre trop de risques.
-
Il existe
chez lui un vécu subjectif de “thrill”
(une sensation de frisson,
d’excitation, de tension à la fois douloureuse et
plaisante), durant
les phases de jeu.
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CRITERES
DE L'ADDICTION SELON GOODMAN (1990)
A.
Impossibilité
de résister aux impulsions à réaliser
ce type de comportement.
B.
Sensation
croissante de tension précédant
immédiatement le début
du comportement.
C.
Plaisir
ou soulagement pendant sa durée.
D.
Sensation
de perte de contrôle pendant le comportement.
E.
Présence
d’au moins cinq des neuf critères suivants :
1.
Préoccupation
fréquente au sujet du comportement ou de sa
préparation.
2.
Intensité
et durée des épisodes plus importantes que
souhaitées
à l’origine.
3.
Tentatives
répétées pour réduire,
contrôler ou abandonner
le comportement.
4.
Temps
important
consacré à préparer les
épisodes, à
les entreprendre ou à s’en remettre.
5.
Survenue
fréquente des épisodes lorsque le sujet doit
accomplir des
obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiale ou
sociales.
6.
Activités
sociales, professionnelles ou récréatives
majeures sacrifiées
du fait du comportement.
7.
Perpétuation
du comportement, bien que le sujet sache qu’il cause ou
aggrave un problème
persistant ou récurrent d’ordre social, financier,
psychologique
ou psychique.
8.
Tolérance
marquée: besoin d’augmenter
l’intensité ou la fréquence
pour obtenir l’effet désiré, ou
diminution de l’effet procuré
par un comportement de même intensité.
F.
Agitation
ou irritabilité en cas d’impossibilité
de s’adonner au comportement.
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La
dépendance
peut donc être définie par deux dimensions
présentes
à des degrés divers selon l’individu,
degrés qu’il
faudra évaluer :
1) La dépendance
proprement dite : il s’agit du fait de ne pas
pouvoir se
passer de consommer
une drogue ou d’accomplir une séquence de
comportements.
2) Envahissement
et changement identitaire : part importante de la
dépendance
dans
l'existence, entraînant souffrance du sujet et
problèmes pour
le groupe social.
Une
définition
diagnostique se doit de reprendre ces deux aspects :
Critères diagnostiques
du DSM-IV pour le jeu pathologique
-
Préoccupation par le jeu
(exemple : préoccupation par la remémoration
d'expériences
de jeu passées ou par la prévision de tentatives
prochaines
ou par les moyens de se procurer de l'argent pour jouer).
-
Besoin de jouer avec des sommes
d'argent croissantes pour atteindre l'état d'excitation
désiré.
-
Efforts répétés
mais infructueux pour contrôler,
réduire ou
arrêter
la pratique du jeu.
-
Agitation ou irritabilité lors des tentatives
de réduction ou d'arrêt de la
pratique
du jeu.
-
Joue pour échapper aux
difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (exemple
: des
sentiments d'impuissance, de culpabilité,
d'anxiété,
de dépression).
-
Après avoir perdu de l'argent
au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour
recouvrer ses pertes
(pour « se refaire »).
-
Ment à sa famille, à
son thérapeute ou à d'autres pour dissimuler
l'ampleur réelle
de ses habitudes de jeu.
-
Commet des actes illégaux tels que
falsifications, fraudes, vols ou détournement
d'argent
pour financer la pratique du jeu.
-
Met en danger ou perd une relation
affective importante, un emploi ou des
possibilités
d'étude
ou de carrière à cause du jeu.
-
Compte sur les autres pour obtenir
de l'argent et se sortir de situations financières
désespérées
dues au jeu.
(Extrait du Diagnostic and statistical
manual of mental disorders (DSM-IV), pp. 181 et 618)
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Définition de Bergler
1.
Le joueur abusif joue régulièrement,
mais ce critère ne suffit pas : on peut jouer
régulièrement
sans jouer trop.
2.
Le jeu prend le pas sur tous
les autres intérêts de la vie : le joueur abusif
est obsédé
par le jeu, et ne pense plus qu'au jeu. Il
préfère le jeu
à tout autre distraction, à une sortie, au fait
de voir des
amis.
3.
Le joueur abusif est exagérément
optimiste et n'est jamais freiné par ses échecs.
4.
Le joueur abusif ne s'arrête
jamais quand il gagne. Beaucoup de conduites d'abus de jeu ont
commencé
par un « gros gain ».
5.
Le joueur abusif, même
s'il prend des résolutions de prudence, finit toujours par
prendre
trop de risques. La sensation, le plaisir nécessitent des
enjeux
de plus en plus importants
6.
Le joueur abusif se met en difficultés
financières à cause du jeu. Le joueur abusif
accepte mal
de perdre, et pense que jouer plus est le seul moyen de
récupérer
l'argent perdu. Il commence à « perdre le
contrôle »
de son comportement de jeu. Il risque ainsi, jouant au-delà
de ses
décisions, de jouer au-delà de ses moyens. Les
risques de
jouer l'argent du ménage, celui du loyer, ou de l'argent
emprunté
sont alors réels.
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Echelle
générale de dépendance
On
peut déduire des éléments
ci-dessous un test général de
dépendance, adapté
également à l'alcool.
Test
(Cungi/Retz)
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Test du jeu
pathologique
Aucun test n'a valeur de diagnostic
La plupart des joueurs compulsifs
répondent « OUI » à au moins
sept de ces vingt
questions…
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Trois phases
Custer a défini trois phases
dans le jeu pathologique :
- Phase de gain : le sujet
entre dans l’univers du jeu. Les attentes peuvent
être fortes, le
sujet prêtant fréquemment à la
réussite la capacité
de résoudre ses difficultés (existentielles ou
autres). Cette
rencontre avec le gain, la chance a une forte puissance de
déstabilisation
et perturbe les repères individuels, identitaires.
- Phase de perte : c’est
la
période du « je vais me refaire ». La
recherche du jeu
présente alors différente motivations, jouer,
mais aussi
gagner de l’argent et retrouver les sensations
éprouvées
dans la première phase. L'entourage s'alerte souvent, mais
le joueur
s'isole, s'enferme dans ses solutions de joueur qui n'en sont pas
puisque
appartenant au problème lui-même.
- Phase de désespoir :
le sujet s’enlise, s’enferme, touche
inévitablement le fond
s'il ne sort pas du problème pour le remettre en cause. Un
état
dépressif est d’ailleurs fréquemment
associé. C'est
la phase des conséquences.
Conséquences
w
Vie
personnelle
- Le jeu
pathologique
entraîne nécessairement des problèmes
financiers (au
Canada, un joueur sur trois dépense entre 75 000 $
à 150
000 $ par an dans les salles de jeux).
- Les dificultés
financières provoquent une forte probabilité de
délinquance
(en france 20% des joueurs pathologiques ont commis des
délits)
et d'actes criminels.
- La dépendance
au jeu entraîne des prolèmes familiaux et sociaux.
90% des
joueurs pathologiques sont des hommes, dont la majorité est
mariée
et a des enfants. Chez ces adultes établis et
chargés de
famille, le jeu pathologique provoque un comportement antisocial, la
rupture
des relations affectives avec la famille (divorce,
mésentente, isolement),
des difficultés professionnelles (absentéisme,
chomage, licenciement...).
w
Suicide
Rapport de 1996 du Conseil
national du bien-être social au Canada
- Les tentatives de suicide sont
beaucoup plus fréquentes chez les joueurs pathologiques que
chez
les autres membres de la population.
-
Le taux de tentatives de suicide
est plus élevé chez les joueurs pathologiques que
chez les
gens ayant d'autres dépendances.
-
Les joueurs compulsifs ont souvent
d’autres problèmes de dépendances,
telles que l’alcool et
les drogues.
-
Les joueurs compulsifs et pathologiques
ont tendance à être jeunes (moins de 30
ans).
-
Une étude effectuée
au Québec auprès d'étudiants de niveau
collégial
indique que 26,8 % des joueurs pathologiques avaient tenté
de se
suicider, en comparaison avec 7,2 % des étudiants
collégiaux
qui n'avaient pas de problèmes de jeu.
-
Parmi un échantillon des
membres de l'association américaine Joueurs anonymes, 48 %
avaient
envisagé le suicide et 13 % avaient tenté de se
suicider.
-
Une étude ontarienne réalisée
en 2001 a révélé que 3,8 % des
personnes qui avaient
joué à des jeux de hasard au cours de la
dernière
année, ou environ 340 000 personnes, avaient des
problèmes
de jeu modérés ou graves. Sept pour cent des
jeunes adultes
ontariens (18 à 24 ans) ont déclaré
avoir des problèmes
de jeu – près de deux fois plus que pour la
population en général.
Chez les joueurs ayant de graves problèmes, 6,1 % ont
envisagé
le suicide.
|
w
Conséquences
sociales
"Selon
le plus récent rapport
américain de la National Gambling Impact Study Commission
(1999),
un joueur aux prises avec un sérieux problème de
jeu coûte
10 500 $US par année à la
société. Vols, fraudes,
services médicaux, etc., entraînent une facture
salée.
Sans compter les crimes qui en découlent et que 50 % des
joueurs
pathologiques commencent eux-mêmes à
perpétrer pour
obtenir de l'argent. La perte de productivité à
la suite
des journées d'absence au travail, lorsque le joueur
parvient à
le garder, n'est pas non plus sur le radar de la Commission."
Si pour la France on évalue
le chiffre des joueurs pathologiques à 1 million (2
à 3 %
de la population), le coût social du jeu pathologique devient
alors
monumental.
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Jeu et recherches
«
Autour de la roulette, dans
le casino, la foule se presse. Il y a là un jeune homme qui
gagne,
qui gagne énormément. Il regarde les
pièces d’or et
les rouleaux de billets de banque s’amonceler devant lui dans
une sorte
d’hébétude. On le croirait ivre. Une
nuée de parasites
espère bénéficier des miettes de la
fortune qui déborde
de ses poches et s’empresse autour de lui. Il n’y
fait pas attention.
Entré
dans la salle avec
quelques centaines de francs, Alexis Ivanovitch, le joueur, en a
maintenant
plus d’une centaine de milliers. Il joue n’importe
comment, comme un fou.
Aussi facilement qu’en un rêve, il fait sauter la
banque à
toutes les tables. Quand il se lève enfin pour partir, la
démarche
alourdie par près de dix kilos d’or, à
peine entend-il une
voix lui murmurer qu’il lui faut partir le lendemain, faute
de quoi il
perdra tout.
Alexis
retourne à son hôtel.
Il est à Roulottenburg, ville au nom
prédestiné, depuis
quelques jours. Spectateur et acteur, il a participé, par
amour
pour l’indifférente et cruelle Paulina,
à une tragédie
dont les épisodes lui donnent parfois envie de rire
sauvagement.
Car le beau-père de Paulina, arrivé ici en
fringant équipage,
s’est ruiné en peu de temps. Toute sa fortune est
hypothéquée,
aux mains d’un petit français, dont Alexis craint
bien que Paulina
ne soit amoureuse. Amoureuse, elle ? Elle est si belle mais si
étrange…
Et Alexis, sans savoir pourquoi, sait qu’il fera tout ce
qu’elle lui dira.
Mais voici qu’est arrivée une vieille parente de
la famille, dont
la mort annoncée promettait un bel héritage.
Quoique infirme,
elle est bien vivante, la grand-mère, sarcastique et riche,
décidée
elle aussi à tout jouer. Et la baboulinka a tout
perdu.
C’est
la nuit. Alexis, enfin riche,
est dans les bras de Paulina, qui l’embrasse
passionnément. La tête
lui tourne aussi fort que lorsqu’il a tout misé
sur le rouge et
que la roulette vient d’être lancée par
la main experte du
croupier.
Mais
les joueurs savent qu’à
la roulette comme en amour, l’ivresse la plus profonde
n’est pas de gagner,
mais de perdre. Alexis perdra-t-il ? S’il ne lui restait
qu’un seul louis
d’or, une chance s’offrirait encore à
lui, une dernière chance
de vaincre ce destin qui tourne, tourne… »
Le
joueur Dostoïevski
|
La rencontre avec le jeu est à
rapprocher du "flash" des toxicomanies ou du « coup de foudre
»
de la dépendance affective. La rencontre est forte et
déstabilisante
: le sujet est projeté ans un univers particulier, fait
d’émotions,
de liberté et de sensations agréables et
stimulantes. Mais
cette recherche de liberté se
transforme paradoxalement en
dépendance, en enfermement. De même, la recherche
de sensations
(à travers le risque, la transgression…) elle
aussi s’émousse
: les sensations s’éteignent peu à peu,
le jeu en apporte
de moins en moins à l’image de
l’alcoolique qui tolère de
mieux en mieux et ressent de moins en moins les effets de
l’alcool. La
relation passionnelle et libératrice devient une
aliénation
routinière. Une autre recherche, importante dans le ressenti
de
la phase de gain est la recherche de réalisation à
travers la réussite. Gagner au jeu, c’est
résoudre ses difficultés,
changer de vie… Là aussi, il y a fatalement
déception et
appauvrissement (en termes financiers mais aussi
existentiels).
On le voit, les différentes
recherches génèrent la dépendance. La
tolérance
qui se développe, les difficultés diverses
(personnelles,
financières…), l’isolement
social,… construisent un cercle vicieux
: en en faisant de plus en plus, le sujet en obtient de moins en moins.
Là est la nature de la dépendance : une
quête illusoire,
décadence inéluctable des premiers instants.
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ARTICLE
EN COURS DE REDACTION

La
collection
Hypno-Solutions
accueille un nouveau coffret de 6 CD consacré à
la dépendance
à l’alcool. Sont regroupéesplus de 7
heures d’exercices
d’hypnose ericksonienne, de PNL et de thérapie
cognitive et comportementale
conçus par un spécialiste.
Les différents
aspects de la problématique sont
abordés
:
- Traitement de la
dépendance à
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- Gestion de
l’anxiété
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- Traitement des
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Régénération physiologique et
psychologique
- Développement de
la confiance en soi, de la vie
relationnelle.
- Remise en cause des croyances
et comportements liés
à
l’alcool
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